Ce qui m’a d’abord frappé dans le travail de Marie B. Schneider, c’est une forme de rigueur et de méthode, une capacité à aller jusqu’au bout de ses sujets, d’une manière pure, dépouillée et systématique. Elle fait preuve d’un rapport au temps étonnant pour une photographe, réinscrivant une forme de mouvement dans l’univers immobile et figé de la photographie. Ses vidéos et ses installations complètent cette démarche, où la dérive, le hasard, la perception des formes simples et brutes, tiennent une place importante.
Plutôt qu’une recherche d’une représentation fidèle, son travail implique le regardeur, l’amène à s’interroger, à douter, à sortir des limites de sa perception commune, à questionner ce qu’il voit, non sans une certaine inquiétude. C’est en particulier le cas de ses séries précédentes sur la ville, le béton, les trottoirs, les panneaux d’affichage, tous éléments qu’elle a su déconstruire et recomposer inlassablement.
C’est particulièrement vrai, à mon sens, du travail « Dans l’air, le fond » où la frontière entre image et cadre est abolie, où le regard hésite sans cesse entre la vue représentée et l’objet photographique montré, où l’espace et sa vision sont remis en question sans relâche. Aux antipodes d’un banal travail documentaire, il est le fruit d’une réflexion profonde sur la photographie même et son rôle de représentation.

Marc Lenot
Auteur du blog Lunettes Rouges, chercheur en histoire de la photographie à l’Université Paris 1 Sorbonne, trésorier de la Société Française de Photographie.
2013