Portant depuis longtemps un intérêt majeur au parcours artistique de Marie B. Schneider, je me suis décidé après quelques hésitations à écrire un texte sur son travail sans vraiment me rendre compte des difficultés face auxquelles jʼallais me trouver. Voilà plusieurs semaines que je prends des notes éparses, des mots orphelins apparaissent, des citations se recopient, et je prends conscience de jour en jour, du silence que provoque son travail, de sa radicalité, de cette quête du sublime qui apparaît. Photos, vidéos, installations, tout y participe. Ce sublime qui nʼest pas beauté.
Je ne voudrais pas à ce stade étaler mes piètres connaissances philosophiques. Tout un chacun peut trouver aisément les différences entre le beau et le sublime, il suffit dʼapprocher même de loin Emmanuel Kant, Edmund Burke ou Jean-François Lyotard. En quelques mots : sublime égale plaisir négatif, étonnement, effroi saisi à distance. Le sublime est à la limite du beau mais aussi du laid.
Le sublime est subversif et les œuvres de Marie en sont lʼillustration. Mais attention, certains vont nʼy voir que de la fantaisie ! De la fantaisie... Laissez moi rire ! De lʼironie, oui, du mordant, de la cruauté. Je mʼappelle Marie, jʼagite sous votre nez un chiffon rouge, je brandis la carotte, regardez là-haut, vous avez vu lʼavion... et cʼest Le Naufrage (cette pièce multiforme : une installation, une vidéo, des feuilles de papier sous vitrine, une incroyable frustration provoquée). Cʼest le naufrage, mais cʼest aussi le moment où je vous plante, pas moi lʼauteur de ces quelques mots, cʼest Marie, les banderilles sous forme de questions essentielles cʼest à dire les questions de lʼart. Quand y a-t-il art ? Au premier regard des œuvres on nʼest pas très attentif, on ne sait pas trop ce que lʼon doit voir et puis ça commence à gratter, ça commence à nous démanger, on nʼavait pas vu venir ces sous couches. Car une des qualités des œuvres de Marie est quʼelles se présentent à nous masquées. On se réjouit des beaux cadres colorés (la série de photographies : Dans lʼair, le fond). Des cadres colorés comme des masques de carnaval, des masques qui nous fond oublier un temps la dureté du réel. Et revoilà le sublime, la beauté et la laideur, la vacuité effrayante de notre civilisation. Où est la place de lʼhumain dans ces espaces indéfinis. En voilà une question posée par Marie. Est-ce son expérience finlandaise qui a façonné en partie les questions dʼespace ? A t-elle vécu la lande enneigée sous le brouillard un après midi dʼhiver ? Je ne saurais le dire. Marie est silencieuse, comme ces espaces, comme ses œuvres. Et cʼest là quʼil faut que le spectateur fasse un effort. Vous comme moi sommes dur dʼoreille. Concentrons- nous. Vous percevez ce bruissement ? Ce tremblement ? Ce martellement sourd ? Cette part dʼinconnu, ce vide effrayant, ces questions qui se bousculent au fond de la faille que nous apercevons dans ce travail de Marie. Beaucoup vont refuser de se pencher, beaucoup sʼenfuiront, feront semblant de rien. Tant pis pour eux. Ils passeront à côté des mille questions que posent le travail de Marie. Mille questions qui sont la définition même de lʼœuvre dʼart.

Jean-Luc Amand Fournier
Artiste, ex enseignant à l’ École Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles.
2014