Ce qui frappe avant tout dans le travail de Marie B. Schneider, c'est son double questionnement sur la photographie d'une part et sur l'architecture d'autre part.
Dans sa série "Dans l'air, le fond", la frontière entre image et cadre est abolie, le regard hésite sans cesse entre la vue représentée et l'objet photographique proprement dit.
L'espace et sa perception sont remis en question au sein même de la monstration.
Marie B. Schneider déambule, pérégrine.
Une errance situationniste sans repères pré-établis, une forme de psycho-géographie personnelle qu'elle dit "déconstructrice". Elle collecte ainsi des fragments d'espaces urbains ou architecturaux qui deviennent son matériau photographique.
Elle construit ses prises de vue avec rigueur et systématisme, elle extrait des formes simples et brutes. Ces choix d'espaces sont teintés de banalité, évitent toute dramatisation. Marie B. Schneider fait référence à la photographie d'architecture classique par la frontalité de ses prises de vue, s'inscrit stratégiquement dans la droite ligne de codification de l'école de Dusseldorf et de ses fils spirituels.

Dans un second temps, plutôt que de s'arrêter à la stricte représentation, la jeune photographe entame un travail de post production, identifie une couleur de l’espace réel et la prolonge en la sortant du cadre de l’image jusqu'à la laisser envahir la totalité de l’objet ainsi composé.
L'image photographique déborde littéralement de la limite traditionnellement imposée par le cadrage pour ne faire plus qu'un, se fondre avec l'espace de présentation.
Ainsi, et notamment, des pans de mur sont coupés à la prise de vue, créant intentionnellement des hors champs qui sont ensuite proposés de manière abstraite dans l'objet exposé, comme si la photographe invitait le spectateur à achever le travail de l'architecte et à investir lui-même, à imaginer, à projeter ce dont il a été préalablement et intentionnellement privé.

Par ses aplats de couleurs, l'abstraction et la déconstruction, Marie B. Schneider brouille donc volontairement les pistes, aplatit les espaces et les volumes pour convier le spectateur à un effort de recomposition, après l'avoir invité à douter, à sortir des limites de sa perception commune, à questionner ce qu’il voit.

Son travail est évidemment aux antipodes d’une approche documentaire. Car si, de prime abord, la démarche prend les traits d'une attitude décorative, sa vocation revendiquée est bien de questionner le statut de l'individu dans l'espace architectural, à identifier sa capacité d'appropriation en invitant le spectateur à se reconnecter au monde dans lequel il évolue, en lui proposant de prendre le temps de percevoir les lieux qu'il habite et de s'y re-situer.

L'objet se transforme en outil, où l’image devient architecture et l’architecture devient image.

Olivier Thieffry
Photographe et assistant à l'atelier de photographie à l'École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre, Bruxelles.
2015