Elle ne sait où elle va, dit-elle. Elle se perd dans la ville, sans but, elle s'affronte aux impasses inattendues, aux escaliers absurdes, aux portes murées, sans savoir que chercher. Elle marche, et son corps et son regard semblent penser pour elle. C'est pourquoi Marie B. Schneider trouve finalement des trésors au fil de ses déambulations urbaines. Des trésors d'abstraction vernaculaire, des tableaux mis en scène par le hasard et le laisser-aller des habitants, des compositions nées, on ne sait comment. Ainsi ce portail qui semble vouloir se confondre avec la façade comme un animal en plein camouflage ; de ce rythme de briques qui jouent de nuances infimes pour lutter contre l'appel du bitume ; ou de ces palissades à la palette arc-en-ciel, à peine déjoué par des graffitis effrontés de liberté.
Formé à l'école de la photographie d'Arles, son œil obéit à une frontalité extrêmement rigoureuse, et sait repérer dans le monde ces détails qui font l'âme froide des villes contemporaines, tendant à la perfection en se laissant toujours dévier du droit chemin de la perfection formelle. Il se laisse tout juste attendrir par telle inclinaison légère de la rue, telle architecture roide qu'aurait pu inspirer De Stijl, ou le dialogue de deux matières. Il apparaît ainsi comme l'héritier du photographe Lewis Baltz qui sut, lui en noir et blanc, dire l'émergence des villes modernes dans la Californie des années 70, avec ce même sens de la composition. Même quand elle est virtuelle (l'artiste travaille aussi sur des captures d'écran de google maps), la ville de Marie B. Schneider est vide, désertée par ses habitants. De leur présence supposée, ne reste nulle trace, à part dans cette série que l'artiste a intitulé Salle 6, titre inspiré par une nouvelle de Tchékhov sur un asile d'aliénés. Là, quelques posters, un tableau des Le nain aux teintes passées, des antilopes, des montagnes, des médocs, ou parfois la trace blanchâtre laissée par un cadre dans la poussière des murs. Des ailleurs, tout bêtement. De ces échappées dont les villes photographiées manquent tant.

Emmanuelle Lequeux
Journaliste arts aux magazines Le Monde, Le Quotidien de l'art et Beaux Arts éditions.
2016
Texte publié dans le catalogue du 61e Salon de Montrouge.

She says she doesn't know where she's going. She gets lost in the city, aimlessly, she copes with unexpected dead ends, absurd stairways, and walled-in doors, without knowing what she's looking for. She walks, and her body and her eyes seem to be thinking for her. This is why Marie B. Schneider eventually finds treasures during her urban strolls. Treasures of vernacular abstraction, pictures presented by chance and the carelessness of inhabitants, compositions that have come into being who knows how. So we find this portal which seems keen to blend with the façade like a fully camouflaged animal; this rhythm of bricks playing with infinitesimal nuances to fight against the call of bitumen; and these palisades with their rainbow palette, barely thwarted by cheeky graffiti of freedom.
Trained at the School of Photography in Arles, her eyes obeys an extremely rigorous frontality, and manages to locate in the world those details which constitute the cold soul of contemporary cities, striving for perfection, while letting herself be invariably turned away from the straight and narrow path of formal perfection. She barely lets herself be touched by this kind of slight incline of the street, this rigid architecture which might have been inspired by De Stijl, and dialogue between two forms of matter. She thus appears to be the heir of the photographer Lewis Baltz who, using black and white, managed to express the emergence of modern cities in California in the 1970s, with this same sense of composition. Even when it is virtual (the artist also works on Google Maps screen captures), Marie B. Schneider's city is empty, deserted by its inhabitants. No sigh of their supposed presence remains, except in that series which the artist called Salle 6 (2008), a title inspired by a short story by Anton Chekhov about an insane asylum. There, a few posters, a picture by Le Nain brothers, with faded colours, antelopes, mountains, medicines, and sometimes the whitish traces left by a frame in the dust on the walls. Other places, quite simply. Those escapes which the cities photographed miss so much.

Emmanuelle Lequeux
Journalist at Le Monde, Le Quotidien de l'art and Beaux Arts editions.
2016
Text published in the catalog of 61th Salon de Montrouge.