Avec Chaosmos, Marie B. Schneider sollicite directement notre regard de spectateurs observant sans perspective spatio-temporelle. A première vue, ses images d’architectures urbaines, prises avec un même point de vue frontal, pourraient avoir été réalisées dans une même ville et sur un bref laps de temps.
Et pourtant, ces photographies, prise dans différentes villes d’Europe et accumulées au fil des ans depuis 2009, révèlent l’uniformité des périphéries de nos villes où l’on trouve généralement les taux les plus élevés de ségrégation sociale qui produisent les modèles néo-libéraux de développement urbain.

L’accumulation pourrait créer un effet de vide et, cependant, lorsque nous observons dans toute son étendue cette répétition rituelle d’images prises sur un temps aussi long, ne nous trouvons-nous pas devant la puissance d’un rythme que nous devrions tenter d’écouter ? La répétition est une opération psychologique intelligente, une manière de faire en sorte que nous nous concentrions sur ce qui — précisément — n’est pas répétitif. S’il s’agissait de musique, cette série rendrait visible les pauses entre les tons qui permettent à l’auditeur de songer à la façon dont il continuera son écoute.

Dans le cas des images prises pendant les derniers mois de sa résidence en Espagne, une particularité apparaît au grand jour : la méthode itérative révèle sur ce territoire des périphéries qui, dans certains cas, nous permettent de découvrir des architectures abandonnées, vestiges d’une bulle immobilière récente. Dans d’autres, la subtilité va plus loin : le mur recouvert de carrelage qui entoure un cimetière valencien jouxte le tracé d’un circuit de Formule 1 délaissé.

En relation directe avec le concept de dérive développé par les situationnistes, Marie B. Schneider présente ici ses photographies comme des cartes dépliées, en proposant une image cartographique des villes comme guide pour la marche et comme point de départ pour la réflexion sur la société. En somme, Chaosmos invite autant à une réflexion sur notre condition d’habitants des villes en rendant visibles les structures de pouvoir qui uniformisent les habitats urbains de cette vaste construction qu’on appelle Europe, qu’à rompre avec les dynamiques dominées par le sédentarisme et l’automatisme dans nos trajets quotidiens.

Sonia Berger.
Directrice des éditions Dalpine.
Texte publié dans le catalogue Stratégies de réenchantement.



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Con Chaosmos, Marie B. Schneider apela directamente a nuestra mirada de espectadores que observan sin una perspectiva espaciotemporal. A primera vista, sus imágenes de arquitecturas urbanas, con idéntico punto de vista frontal, podrían haber sido tomadas en una misma ciudad y un corto periodo de tiempo. Sin embargo, estas fotografías, tomadas en diferentes ciudades de Europa y acumuladas a lo largo de los años desde 2009, revelan la uniformidad de las periferias de nuestras urbes, donde generalmente se registran las elevadas cotas de segregación social que producen los modelos neoliberales de desarrollo urbano.

La acumulación puede crear un efecto de vaciamiento y, sin embargo, cuando observamos en toda su extensión esta repetición ritual de imágenes tomadas en un tiempo tan dilatado, ¿acaso no nos encontramos ante la potencia de un ritmo que deberíamos intentar escuchar? La repetición es una operación psicológica inteligente, una forma de hacer que nos concentremos en aquello que precisamente no es repetitivo. Si se tratase de música, esta serie estaría haciendo visibles las pausas entre los tonos que permiten al oyente pensar sobre cómo continuar adelante.

En el caso de las imágenes tomadas en los últimos meses durante su residencia en España, se hace patente una particularidad: el método iterativo revela en este territorio unas periferias que en algunos casos dejan a la vista arquitecturas abandonadas, los restos de la burbuja inmobiliaria reciente. En otros, la sutileza va más allá: la tapia revestida de azulejos que rodea un cementerio valenciano linda con el trazado de un circuito de Fórmula 1 olvidado.

En relación directa con el concepto de deriva desarrollado por los situacionistas, Marie B. Schneider presenta aquí sus fotografías como mapas desplegados, proponiendo una imagen cartográfica de las ciudades como guía para el acto de caminar y un punto de partida para la reflexión sobre la sociedad. En definitiva, Chaosmos invita tanto una reflexión sobre nuestra condición de habitantes de las ciudades al visibilizar las estructuras de poder que uniformizan los hábitats urbanos de esa gran construcción llamada Europa, como a romper con las dinámicas presididas por el sedentarismo y el automatismo en nuestros trayectos cotidianos.

Sonia Berger.
Director de ediciones Dalpine.
Texto publicado en el catálogo Estrategias de reencantamiento.